La presse en parle

Affiche vdn

le 20 juillet 2015

Armentières: Didier Barth, le chef scout qui a failli être architecte est devenu auteur

DELPHINE TONNERRE

C’est un visage qui rappellera forcément des souvenirs aux Scouts de l’Armentiérois. Didier Barth a eu un parcours personnel et professionnel riche et surprenant. Après avoir étudié l’architecture, travaillé dans l’animation et l’humanitaire, il s’est tourné vers le théâtre. Ses pièces sont publiées et jouées.

Photo voix du nord

À la faveur de quelques jours de retour dans le Nord, on rencontre Didier Barth, 51 ans, chez ses parents, qui vivent désormais à Erquinghem-Lys. Lui a opté pour la Bretagne, après avoir pas mal baroudé.

Son CV peut être, au choix, considéré comme riche ou décousu. « En France, quand on a un parcours atypique, c’est très mal vu », sait-il. Après des études au lycée Saint-Jude à Armentières, il a intégré l’école d’architecture à Villeneuve-d’Ascq, « parce que je rêvais de construire des pyramides, ou de travailler sur des sites archéologiques ».

Mais il n’a pas validé son diplôme, l’armée s’étant rappelée à lui et ayant perturbé sa cinquième et dernière année, « et puis je n‘étais plus très motivé. Beaucoup de choses m’intéressaient, mais pas les calculs d’épaisseur du béton », reconnaît-il dans un sourire.

L’écriture à l’époque, oui, il en rêvait, « j’écrivais des textes que je jetais aussitôt en me disant que j’étais nul ». Quant au théâtre, « j’étais beaucoup trop timide ! », se souvient-il.

Comme il a été scout (chef des louveteaux puis des pionniers à Armentières entre 1981 et 1986), puis chef scout, il s’est finalement dirigé vers l’animation. En croisant ses connaissances en architecture d’abord, avec l’école des passemurailles, un projet d’initiation à l’urbanisme et à l’environnement en milieu scolaire. Puis il a occupé des postes de formateur, directeur de colonies, puis de centres de vacances. Lucide, il estime « ne pas être très bon en animation pure, mais bon pédagogue et vulgarisateur ». Dans toutes ses expériences, il s’est souvent servi des jeux de rôle et des mises en situation. Des prémices au théâtre.

« l’humanitaire m’a changé »

Il s’est ensuite lancé dans l’humanitaire. En Bosnie d’abord, pendant deux ans, pour un programme de lutte contre les mines anti-personnel pour Handicap international. Sa timidité se dissout presque soudainement dans ce pays dévasté par la guerre. « Ça m’a changé », dit-il sobrement. Il embraye ensuite sur le Chili, pour une mission courte, toujours pour Handicap international, puis l’Albanie pour Action contre la faim. Mais sa mission en Sibérie n’aura pas lieu, à cause de ses ennuis de santé (voir ci-dessous).

C’est finalement vers l’écriture et le théâtre qu’il s’est tourné, il y a cinq ans, date de son installation en Bretagne, près de Rennes. Une région dans laquelle il se sent bien et qui a coïncidé avec un virage professionnel vers l’écriture assumé à 100 %.

Didier Barth répond à toute demande d’information à l’adresse mail suivante :

theatrepourtous@free.fr

Trente-deux textes écrits, deux édités

Didier Barth a écrit trente-deux pièces. Son père joint le geste à la parole et arrive dans le salon avec l’épaisse pile de manuscrits (qui, pour le gag, s’écroule). Deux ont été publiés. Être ou paraître, qui raconte l’histoire de huit cousines qui discutent de la notion de réussite dans la vie. Et plus récemment dans un recueil paru aux éditions Retz, bien connues des enseignants, Le Grenier de grand-mère, qui a été joué par une douzaine de troupes l’an dernier. « J’ai assisté à deux reprises à des mises en scènes de ce texte. Oui, ça fait un drôle d’effet. À mon fils Augustin également, qui avait déjà joué le premier rôle de cette pièce. On remarque ce qui a été changé, mais c’était bien. »

Fichue sclérose en plaques

Didier Barth va bien. Apparemment car il est constamment sous traitement, souvent fatigué et reconnu travailleur handicapé. Son mal se résume en trois lettres, SEP, sclérose en plaques.

Une maladie dont il a peu parlé, qu’il a même souvent cachée, y compris à son entourage.

Mais qui l’a rattrapé, plusieurs fois dans sa vie et ses projets, par des poussées suivies d’hospitalisations. Il devait partir en Sibérie quand le médecin a mis son veto. « J’avais le dos en vrac, et je lui ai dit ce que j’avais… », se rappelle Didier.

Dans son cas, il a fallu six ans pour que le diagnostic de la sclérose en plaques soit posé. Les premiers signes ne sont pas forcément identifiables, « ou du moins à l’époque, ce n’était pas le cas », dit-il. La maladie évolue par poussées. À la première alerte, « une névrite optique, d’un seul coup, vous voyez flou », il avait 26 ans. La maladie l’a freiné, fatigué, mais pas découragé.

« J’ai toujours retrouvé du travail, mais pas toujours pour moi. S’il y a trop de paperasses ou qu’il faut surtout parler d’argent, ça ne me convient pas », reconnaît-il.

La sclérose en plaques a fait irruption dans sa vie. Elle le pousse aussi à moins s’encombrer, peut-être, de compromis. Il fonce, il vit. Il en fera même sans doute quelque chose sur le plan artistique. Il envisage d’écrire un jour une pièce sur la sclérose en plaques.

Et surtout, il positive. « Si la maladie ne m’avait pas empêché de repartir, je serais encore dans l’humanitaire. Mais je n’aurais pas rencontré ma femme, ni eu mon fils…, dit-il, aujourd’hui, je fais un boulot que j’aime vraiment, je suis libre, je travaille à mon rythme ».

 

Logo ouest france  le 29 juillet 2015

Didier Barth, une vie entre l'humanitaire et le théâtre

Photo ouest france

Didier Barth, ici avec son fils Augustin, est un amoureux de théâtre au parcours de vie atypique. Une de ses pièces pour enfants « Le Grenier de ma grand-mère » vient d'être éditée chez Retz. L'histoire d'une malle oubliée, qui permet à trois générations d'enfants de voyager dans les années 1960. | 

L'histoire

Didier Barth est mordelais depuis 2010. À 51 ans, cet homme simple, pour qui les valeurs humaines sont essentielles, a un parcours de vie plutôt atypique. Aujourd'hui, sa vie tourne autour du théâtre et de sa famille.

Originaire du Nord, il étudie d'abord l'architecture à Lille. « Je n'aimais pas calculer l'épaisseur du béton. Je voulais plutôt initier les enfants à l'architecture et à l'environnement. En parallèle de mes études, j'étais animateur. » Le service militaire a changé la donne et ne lui a pas permis de valider sa 5e année d'étude.

Didier Barth a aussi un parcours riche au sein des scouts de France. « C'est là que j'ai appris à être animateur puis formateur. C'est ce qui m'a influencé dans mon changement de vie professionnelle. Le théâtre, j'en rêvais mais je n'osai pas. J'écrivais déjà beaucoup mais j'ai jeté tous mes textes de l'époque. »

En Bosnie pour Handicap international

À 31 ans, il s'implique dans l'humanitaire. « En 1996, je pars en Bosnie comme formateur pour Handicap international, afin de travailler sur un programme de prévention des accidents par mines et engins non-explosés. » Il utilise beaucoup les jeux de rôles dans ses missions. Pendant deux ans, la guerre et la pauvreté changeront sa vision du monde.

1996 est aussi l'année où la sclérose en plaque se déclare officiellement chez lui. Cela ne l'empêche pas de repartir pour une mission d'un mois au Chili. Avec Action contre la faim, il va six mois en Albanie. Après s'être blessé gravement au dos, sa condition physique ne lui permet pas de continuer dans l'humanitaire.

Il a écrit 32 pièces de théâtre !

« En 2000, j'ai dû repartir de zéro. » Le théâtre et l'animation sont nécessaires à sa vie et il continue dans cette voie. Après des années de galère, mais aussi des projets menés à terme, « comme la valorisation du patrimoine théâtral à Saint-Paul-au-Bois », Didier Barth donne aujourd'hui des cours de théâtre pour enfants, adolescents, adultes et adultes handicapés, dans plusieurs communes. Et il écrit : déjà 32 pièces à son actif.

En 2010, il autoédite Être ou paraître, une pièce pour adulte qui raconte l'histoire de huit cousines, qui partagent la notion de réussite dans la vie. En juin, sa pièce pour enfants, Le Grenier de ma grand-mère, a été éditée dans le tome I du recueil de petites comédies à jouer chez Retz. « Depuis un an, cette pièce a déjà été jouée officiellement 25 fois en France. La première fois, mon fils tenait le rôle principal. »

Douze de ses pièces, même si elles n'ont pas été éditées, ont déjà été jouées par diverses troupes. « Je suis inscrit sur des sites de partage de pièces. C'est parfois difficile de trouver des pièces pour un nombre d'acteurs précis, mieux vaut les écrire soit même. »

Après avoir vécu des années fastes, d'autres beaucoup moins, Didier Barth se dit heureux. « J'ai réussi ma vie car j'ai vécu les choses pleinement, tout en rencontrant des gens extraordinaires. »